Commande du 17e Concours – 2026

Titre : Paréidolie
Compositeur : Michaël Levinas
Note d’intention :

Une paréidolie est le processus mental qui consiste, face à des stimuli visuels ou auditifs, à tendre à reconnaître une forme antérieurement mémorisée.

Avec Paréidolie, j’ai souhaité établir, entre le mouvement créateur et le phénomène de   transmutation mémoriel de l’écriture, une relation nouvelle avec l’histoire des écritures musicales qui ont déterminé l’évolution du langage et des formes, jusqu’à aujourd’hui.

Qu’en est-il pour moi de ce processus d’écriture pour le clavier que l’on ne peut réduire à la mémoire ou à une simple relecture et réinterprétation du passé baroque ? Qu’est-ce que j’entends par le terme paréidolie et pourquoi ce terme fait-il signe dans ma pièce à la référence baroque ? En premier lieu, il s’agissait d’explorer, avec un instrument tempéré tel que le piano, des relations entre le polyphonique, l’harmonique et le mélodique qui me sont chères en tant que pianiste et compositeur. Avec Paréidolie, j’explore la genèse de nouvelles formes, de nouvelles techniques pianistiques et de nouveaux modes de jeux, dans l’héritage du répertoire baroque et son passage à l’émancipation virtuose dans l’écriture romantique.

Il s’agit plutôt d’une résurgence qui s’imposait dans le processus d’écriture-post contemporaine pour le piano ; une recréation et une transmutation par la mémoire de certaines formes d’écritures passées qui se révélaient être créatrices dans les vrais fondements de ces écritures transmutées de la fin du baroque et de ce que j’appelle le claviérisme comme synthèse des paramètres harmoniques et polyphoniques. Avec Paréidolie, il m’importe de faire renaître ces fondements par un processus d’écriture métamorphosé.

Le concept de Paréidolie n’est donc pas interprété au sens littéral du terme, mais comme principe de variation de la mémoire ; une sorte de recréation de certaines formes et langages – une Phantasia renouvelée. De sorte que les variations elles-mêmes de l’écriture polyphoniques, ainsi que les grilles d’accords brisés néo tonaux ou modaux se révèlent être des paréidolies !

Paréidolie est donc le titre qui s’est imposé à moi pour cette expérience inédite mais marquée par mes œuvres récentes en relation avec le piano, notamment ma pièce d’orchestre « le cantique des larmes » (2024-25).

Paréidolie est structurée en trois variations (des paréidolies) et une réexposition qui transforment la thématique initiale. Cette thématique initiale et son pianisme s’intitule Se briser.

Tout long de Paréidolie, les variations se transforment en synérèses, des phénomènes présents dans toute ma musique pour piano.

Il ne s’agit aucunement d’un langage néo-baroque, mais d’une transmutation contemporaine de ce phénomène d’autogenèse de la fin du XVIII siècle qui consistait, que l’on trouve principalement chez Bach, qui consiste à construire et déconstruire les phénomènes harmoniques. Ainsi, les synérèses sont-elles perçues comme des paréidolies, des canons à plusieurs voix et des strettes. Ce phénomène sonore résulte de l’acoustique propre au piano par-delà son tempérament faussement égal, du pianoforte au piano moderne.

Serait-ce une nouvelle écoute du piano faussement « bien tempéré » qui implique le corps, la respiration, un certain toucher pianistique, une conduite des voix par le bras et l’épaule une technique de substitution de doigtés et de demie-pédale ? 

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Biographie

Michaël Levinas a suivi des études d’instruments, d’accompagnement au piano, de direction d’orchestre et d’écritures au CNSM (Conservatoire National Supérieur de Musique) de Paris, où il a notamment suivi la célèbre classe de composition d’Olivier Messiaen. Il fut nommé pensionnaire à la Villa Médicis à Rome. Il y conçoit et crée inspiré par les loggias de la villa d’Este et le dialogue avec le peintre Balthus et Scelsi, ses premières œuvres pour piano et dispositif amplifié, « le Concerto pour Piano Espace N°2 » et « l’étude sur un piano-espace ».  Il participe en 1973 à la création de l’ensemble Itinéraire, fondateur du courant spectral. Michaël Levinas est un pionnier du renouvellement de l’écriture instrumentale et de l’élargissement de la palette sonore aux moyens d’une connaissance profonde de l’acoustique et des environnements technologiques. Ses œuvres sont créées et reprises par les ensembles, festivals et institutions les plus prestigieux en France et à l’étranger : Darmstadt,  Festival de Donaueschingen, IRCAM, Cité de la Musique, Ensemble Intercontemporain, KlangForum, Le Balcon, Radio France, Musica, La Philarmonie de Paris, la Biennale de Venise… Caractérisé par son écriture dramaturgique, Michaël Levinas s’est affirmé comme un compositeur d’opéras et a reçu des commandes de scènes européennes importantes telles que La Conférence des oiseaux (1985) Go-gol (1996) ou La Métamorphose (2010). Michaël Levinas a été professeur honoraire d’analyse supérieure  au CNSM de Paris. Pianiste concertiste , il a enregistré (et joué en concert) notamment, l’intégrale des 32 sonates de Beethoven, Le Clavier Bien tempéré de J.S.Bach, l’intégrale des études de Scriabin, les études de Ligeti. Il a créé de nombreuses œuvres contemporaines. Il est Membre de l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France. 

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